Mikmakik - Micmac (nation amérindienne)

Un article de la Mémoire du Québec (2021).

  • Langue d'usage - le micmaq.

Langues secondes - le français à Gaspé ; l'anglais ailleurs.

Membre de la confédération abénaquise.
Appartenaient à la famille linguistique algique.
On les appelle aussi les Souriquois, les Gaspésiens ou les Miscouiens.
Les réserves mik'maques du Québec sont Gesgapegiag (anciennement Maria) et Listuguj. Voir Confédération des Abénaquis.

Mikmakik est un mot micmac signifiant «terre de l'amitié» ; il désigne le territoire occupé par la nation micmaque qui couvrait celui de Saint-Pierre-et-Miquelon, Terre-Neuve, Nouvelle-Écosse, l'île du Cap-Breton, le nord du Nouveau-Brunswick, l'Île-du-Prince-Edward, les Îles-de-la-Madeleine et la péninsule de Gaspé. Les Micmacs partageaient les territoires de l'État du New-Hampshire et de l'État du Maine avec la Confédération des Abénaquis.

Le territoire du Mikmakik est divisé en 7 saqamawtis (districts) comprenant chacun plusieurs wiqamaws (clans) dirigés par un saqamaw (chef), un sa'ya (guide spirituel) et un keptin (chef de guerre) ; les saqamaws et les keptins sont réunis dans le Sante' Mawi' omi (Conseil de la nation), une confédération qui conseille le peuple et assure la défense du pays.

La direction du Grand conseil est composée du kjisaqamaw (grand chef), président du Conseil, du kjikeptin (grand capitaine), le pouvoir exécutif, et du putus (le sage), gardien de la constitution et la mémoire vivante des traités.

  • Éphémérides -


Vers 1400 La Confédération des Cinq-Nations (Ho-dé-no-sau-nee) ou Ligue des Iroquois, envahit le territoire micmac, fut repoussé et conclut un Traité de paix avec les Micmacs. Par la suite, la nation micmaque se donne une nouvelle structure, nomme Mikmakik et le divise en 7 saquamawtis (districts) comprenant chacun plusieurs wiqamaws (clans).
Avant 1600 La population du Mikmakik est d'environ 100 000 âmes.
1610 (24 juin) Le kjisaqamaw (grand chef) du Mikmakik est baptisé dans la religion catholique. Les Français signent un concordat avec les Micmacs en vertu duquel, ces derniers protégeront les prêtres catholiques et les Français qui les ont amenés sur le territoire ; une ceinture-wampum longue de 2 m consigne les dispositions de ce traité : à gauche sont inscrits les symboles du catholicisme (les clefs croisées du Saint-Siège, une église et un texte tiré de l'Évangile traduit en micmac ; à droite sont inscrits les symboles du pouvoir du Grand conseil (2 lances croisées, un keptin en armes, un calumet, une flèche et 7 collines représentant les sept saqamawtis (districts) ; au centre on voit un prêtre et un chef qui tiennent une croix et le chef tient un livre saint de son autre main. Par la suite, toute la nation micmaque se convertit au catholicisme et adopte sainte Anne comme patronne.
Vers 1640 Les colons anglais du Massachusetts commencent à s'établir dans ce qui deviendra le New Hampshire et le Maine et qui était jusque-là partagé entre la Confédération wabanakie et la nation micmaque.
Au cours de 1670-1680 Les hostilités commencent entre les colons anglais d'une part, et les Wabanakis et les Micmacs, d'autre part.
1713 (16 avril) Par le Traité d'Utrecht, la France cède l'Acadie à l'Angleterre, mais elle conserve l'île Saint-Jean, l'île du Cap-Breton, l'île de Terre-Neuve.
1717 La Couronne d'Angleterre signe 11 traités de paix avec les Wabanakis du Sud-Est.
1719 Le roi d'Angleterre nomme un gouverneur avec compétence sur l'Acadie et avec mission de gagner et sceller par un traité «l'amitié et la bonne volonté» de la nation micmaque.
1722 Un conflit armé éclate entre l'Angleterre et la Confédération wabanakie ; les Micmacs s'engagent avec leurs frères amérindiens et capturent 21 navires britanniques.
1725 Signature d'un traité de paix à Boston entre l'Angleterre et la Confédération wabanakie (Penobscots, Malécites et Passamaquoddys) comprenant une disposition particulière pour le territoire micmac de Gespogoitg (district des Indiens du cap de Sable).
1749 Une commission royale britannique établit le principe suivant :

«Les Indiens, bien que vivant en ces contrées parmi les sujets du roi, forment un peuple à part, distinct d'iceux et sont traités comme tels. Ils décident eux-mêmes de leurs affaires et font la paix ou la guerre avec les autres nations indiennes quand bon leur semble, sans que n'interviennent les Anglais.»

(24 septembre) Après la fondation de Halifax par les Anglais, les Micmacs concluent que leurs terres seront bientôt envahies par des colons anglais comme l'avait été le territoire wabanakis du New Hampshire et du Maine ; le grand chef des Micmacs déclare la guerre à l'Angleterre en ces termes :

«L'endroit où tu es, où tu bâtis un fort, où tu veux maintenant t'enthroniser, cette terre dont tu veux présentement te rendre maître absolu, cette terre m'appartient, j'en suis sorti comme l'herbe, c'est le propre lieu de ma naissance et de ma résidence, c'est ma terre à moy sauvage ; oui, je le jure, c'est Dieu qui me l'a donnée pour être mon pays à perpétuité. Je connois par là que tu m'engage toy-même à ne cesser de vous faire la guerre et à ne jamais faire d'alliance entre vous... Dieu scait très bien tout ce dont il s'agit ; un ver de terre sçait regimber quand on l'attaque. Moy sauvage il ne se peut que je ne croye valoir au moins un tant soit peu plus qu'un ver de etrre, à plus forte raison sçaurai-je me défendre si on m'attaque. Ta résidence dau Port-Royal ne me fait pas ombrage. Car tu vois que depuis long temps je t'y laisse tranquille, mais présentement tu me forces d'ouvrir la bouchepar le vol considérable que tu me fais.»

1752 (Novembre) Conclusion du Traité Elikawake (dans la maison du roi) ou Pacte micmac entre les Britanniques et les Micmacs ; en échange du serment d'allégeance de ces derniers, la Couronne d'Angleterre fait des Micmacs des sujets britanniques et leur garantit une identité nationale propre et la liberté de chasse, de pêche et de commerce sur le territoire du Mikmakik et sous la protection explicite des lois et des tribunaux de Sa Majesté ; ce pacte reconnaît l'existence de 2 états, le Mikmakik et la Grande Bretagne partageant la même Couronne qui s'engage à défendre les Micmacs contre les colons anglais et contre toutes agressions étrangères.
1758 Louisbourg tombe aux mains des Anglais.
1759 Québec tombe aux mains des Anglais.
1760 Montréal tombe aux mains des Anglais. L'article 40 de la capitulation de Montréal se lit comme suit :

«Les Sauvages ou Indiens alliés de Sa Majesté seront maintenus dans les terres qu'ils habitent, s'ils veulent y rester ; ils ne pourront être inquiétés sous quelque prétexte que ce puisse être, pour avoir pris les armes et servi Sa Majesté Très Chrétienne. Ils auront, comme les Français, la liberté de religion et conserveront leurs missionnaires.»

1761 (Décembre) Une ordonnance du roi d'Angleterre adressée aux gouverneurs des colonies invite les colons britanniques à se retirer de toutes les terres obtenues de façon illégale.
1762 Le gouverneur de Nouvelle-Écosse, Jonathan Belcher offre aux chefs micmacs des territoires français nouvellement conquis d'adhérer au traité de 1752 et leur annonce que le roi d'Angleterre est déterminé «à appuyer et à protéger les Indiens dans leurs justes droits et possessions et à respecter le caractère inviolable des traités et des pactes qu'il avait conclus avec eux» ; cette déclaration identifiait spécifiquement les saqamawtis côtier d'Unamaki, d'Epikoitik, de Piktokiok, se Sikiniktiok et de Gaspekiok, soit les 2/3 de la colonie de Nouvelle-France.
1763 La proclamation royale du roi George III entérine les dispositions antérieures concernant la colonisation des territoires indiens et le comportement des colons dans leurs relations avec les nations indiennes.
1776 (17 juillet) En signant à Watertown un traité de défense mutuelle avec le général Washington, les Micmacs sont les premiers à reconnaître les États-Unis.
1842 La province de Nouvelle-Écosse réserve 50 000 hectares pour l'usage des Micmacs.
1850 Les Européens s'emparent d'une grande partie des territoires réserves aux Micmacs.
1941-1953 Les Micmacs de Nouvelle-Écosse sont forcés de quitter leurs terres pour s'installer dans 2 réserves officiellement connues : Eskasoni et Shubenacadie.
1960 Le Gouvernement fédéral décrète la répartition des Micmacs en 12 bandes indiennes séparées, dans le but de traiter directement avec chacune d'elles et non plus avec l'ensemble de la nation micmaque.
1969 Fondation de la Union of Nova Scotia Indians pour la sauvegarde et la reconnaissance des droits collectifs des Micmacs.
1975 Fondation du Conseil des Autochtones de Nouvelle-Écosse pour représenter les intérêts spécifiques des Micmacs à qui le Gouvernement refuse de reconnaître le statut d'Indien.
1980 (Septembre) James Matthew Simon, un Micmac de Shubenacadie, est arrêté et fouillé par la Gendarmerie royale du Canada parce qu'il était en possession de cartouches et d'un fusil de chasse non autorisé en vertu de la Loi sur les Terres et Forêts ; accusé, Simon invoqua le Traité de novembre 1752 pour sa défense.
1982 (17 avril) L'Article 35 de l'Acte constitutionnel du Canada consacre les droits territoriaux des autochtones et se lit comme suit :

Article 35: (1) Les droits existants - ancestraux ou issus de traités - des peuples autochtones du Canada sont reconnus et confirmés. (2) Dans la présente loi, «peuples autochtones du Canada» s'entend notammant des Indiens, des Inuits et des Métis du Canada.

1985 (21 novembre) La Cour suprême du Canada acquitte James Matthew Simon de toutes les accusations qui pesaient contre lui en jugeant que le Traité de 1752 constitue un accord qui continue de lier obligatoirement les parties (la Couronne et la nation micmaque) et que la clause de protection des droits de chasse des Micmacs prévaut sur toute législation provinciale qui pourrait contrevenir à cette disposition et annuler ces droits. La Cour suprême statue qu'il faut interpréter les traités avec largeur d'esprit et tenir compte des changements technologiques et des pratiques courantes (les Micmacs qui chassent ne sont pas tenus de le faire avec des flèches comme leurs ancêtres le faisaient en 1752, mais peuvent utiliser un fusil comme les chasseurs le font en 1985).
1986 (1 octobre) La majorité des dirigeants micmacs de Nouvelle-Écosse approuvent un ensemble de Règlements de chasse basés sur le Netukulimk (utilisation judicieuse des ressources que le Créateur prodigue avec générosité pour la subsistance et l'épanouissement des individus et de la collectivité en général).
1988 (Printemps) Le Gouvernement de Nouvelle-Écosse décrète que la prochaine saison de chasse à l'orignal serait du 3 au 7 octobre et que 200 permis seraient attribués par tirage au sort. Les Micmacs décrètent que leur saison de chasse à l'orignal serait du 17 au 30 septembre dans les comtés de Victoria et de Inverness. (14 septembre) Le ministre des Terres et forêts de Nouvelle-Écosse déclare illégale la chasse à l'orignal que veulent entreprendre les Micmacs. (17 septembre) Cent chasseurs micmacs, munis de permis émis par le Grand conseil des Micmacs, sont interceptés lorsqu'ils s'apprêtent à aller chasser l'orignal à Hunter's Mountain (Nouvelle-Écosse) ; ils invoquent le Traité de 1752 reconnu par la Cour suprême en 1985 qui leur reconnaît le droit de chasser pour leur subsistance ; des accusations furent portées contre 6 chasseurs en vertu des lois provinciales.
1989 La population micmaque du Canada est de 18 000 âmes réparties dans 39 communautés.
1990 La Cour suprême du Canada établit la préséance au droit de pêche ancestral sur les pêches sportives ; un Musqueam de la British Columbia avait prouvé que l'utilisation d'un filet pour attraper le poisson pour sa subsistance était un droit ancestral.
1999 La Cour suprême établit que les Micmacs de la Nouvelle-Écosse peuvent pêcher à longueur d'année sans permis pour se procurer des aliments nécessaires à leur vie ; la Cour refuse cependant de reconnaître un droit de commercer et assujettit cette pratique de pêche à la réglementation de la province (Affaire Marshall).

Population Micmaque du Québec

RésidantsSur réserveHors réserveTotal
19932 0921 8743 966
19972 1721 8964 068






15 000 Mik'maq vivent au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, sur l'Île-du-Prince-Edward et au Québec.

Source -

Dictionnaire biographique du Canada 1000 à 1700 (Les Presses de l'Université Laval, 1966)







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